L'Italie connaît une pénurie d'infirmiers si marquée qu'elle recrute activement des professionnels formés dans d'autres pays de l'UE. Avec 65 000 postes vacants et un ratio de 5,8 infirmiers pour 1 000 habitants (contre 8,4 en moyenne européenne), le système de santé italien cherche des candidats à l'étranger. Pour un infirmier français, le projet est réalisable à condition de maîtriser la langue et d'anticiper les démarches administratives. Voici ce qu'il faut savoir sur le salaire, les équivalences et les étapes concrètes pour s'installer.
Quel salaire pour un infirmier en Italie ?
Dans le secteur public italien, la rémunération nette d'un infirmier se situe entre 1 500 et 1 700 € par mois, selon l'ancienneté et les qualifications. Ce montant est inférieur à ce qu'un infirmier perçoit en France ou dans d'autres pays d'Europe de l'Ouest. Les primes de nuit, de week-end ou de garde peuvent augmenter le total, mais le niveau de base reste modeste.

Les écarts entre régions sont réels : le nord de l'Italie, plus industrialisé, offre parfois des conditions légèrement meilleures que le sud. Le gouvernement a annoncé des mesures de revalorisation salariale en 2024, mais leur application concrète varie selon les provinces. Pour un infirmier qui envisage l'expatriation, le salaire italien est un critère à peser : il est acceptable pour un coût de la vie souvent moins élevé qu'en France, surtout hors des grandes métropoles comme Milan ou Rome.
Comment faire reconnaître son diplôme d'infirmier en Italie ?
Le diplôme d'infirmier français bénéficie de la directive européenne 2005/36/CE sur la reconnaissance des qualifications professionnelles. Concrètement, cela signifie que les formations étant jugées équivalentes (bac + 3 dans les deux pays), la procédure est simplifiée. Voici les grandes étapes.
La carte européenne professionnelle
La première démarche consiste à demander une carte européenne professionnelle (EPC) via le portail européen. Les documents nécessaires sont :
- une copie du diplôme d'infirmier ;
- un document d'identité en cours de validité ;
- une attestation de moralité délivrée par l'Ordre infirmier français, prouvant qu'aucune interdiction d'exercer n'est en vigueur ;
- une attestation de conformité du diplôme, également fournie par l'Ordre ou l'ARS selon les régions.
Ces deux dernières attestations peuvent être regroupées en un seul document. Il n'est pas nécessaire de faire traduire ces pièces ni de fournir le récapitulatif des heures de cours ou de stages, car le diplôme obtenu après 1979 bénéficie d'une reconnaissance automatique. Une fois la demande déposée, la France l'examine puis la transmet à l'Italie. Celle-ci demande ensuite un extrait de casier judiciaire (avec traduction possible en italien) et un paiement de 16 € par timbre fiscal. Le délai total, selon des retours d'expérience, peut être d'environ un mois.
L'inscription à l'Ordre italien des infirmiers
Une fois la carte européenne obtenue, il faut s'inscrire auprès de l'Ordre national des infirmiers italiens (FNOPI) ou directement auprès d'un Ordre provincial (OPI). Cette inscription est obligatoire pour exercer légalement. Elle comprend un entretien destiné à évaluer la maîtrise de l'italien. Les délais varient entre 2 et 6 mois selon les provinces. Mieux vaut anticiper ces démarches plusieurs mois avant le départ pour pouvoir travailler dès l'arrivée.
À savoir : le diplôme italien d'infirmier est une Laurea triennale (bac + 3), comparable à la formation française. Cette similitude rend la procédure de reconnaissance plus fluide que dans d'autres pays.
Faut-il parler italien pour exercer ?
Oui, et c'est un prérequis non négociable. Le niveau B2 minimum est attendu en pratique. Il permet de comprendre et transmettre des informations cliniques, de communiquer avec les patients et les familles, de lire et rédiger des transmissions et ordonnances, et de participer aux réunions de service. Sans une maîtrise suffisante de la langue, la sécurité des patients est compromise et l'intégration dans l'équipe difficile.

Il existe des cours spécialisés en vocabulaire médical, en ligne ou en présentiel. Certains infirmiers utilisent leur compte personnel de formation (CPF) pour financer une formation en italien professionnel, parfois sanctionnée par un test comme le Bright. Une immersion courte en Italie, même de quelques semaines, accélère nettement la progression à l'oral.
Quelles sont les conditions de travail en Italie ?
Le système de santé italien est organisé de manière hiérarchisée : la prise en charge des patients dépend de l'urgence des soins et des revenus de la famille. Les infirmiers italiens assurent des missions qui, en France, sont parfois réparties entre infirmiers et aides-soignants. La charge de travail est élevée, en raison des sous-effectifs chroniques. Environ 100 000 infirmiers en poste devraient partir à la retraite dans les quatre prochaines années, ce qui aggrave la pénurie.
Les recrutements en provenance de l'UE sont activement encouragés dans plusieurs régions, notamment dans le nord et le centre du pays. Les hôpitaux publics et certaines cliniques privées sont les principaux employeurs. Le travail de nuit et les gardes sont fréquents, surtout en début de carrière.
Erreurs fréquentes à éviter dans les démarches
Plusieurs pièges peuvent ralentir le projet. Le premier est de sous-estimer le temps nécessaire pour obtenir la carte européenne professionnelle et l'inscription à l'Ordre italien. Comptez au moins 3 à 4 mois entre le dépôt de la demande et l'autorisation d'exercer. Le second est de négliger la préparation linguistique : arriver sans un italien opérationnel allonge l'adaptation et peut compromettre l'embauche. Enfin, certains infirmiers oublient de vérifier les spécificités régionales : chaque province a ses propres modalités d'inscription et ses propres besoins en personnel.
Et pour un infirmier italien qui veut venir en France ?
La réciprocité existe : un infirmier diplômé en Italie peut faire reconnaître son diplôme en France. La procédure suit les mêmes principes de la directive européenne, avec des démarches auprès du ministère de la Santé français et de l'Ordre infirmier. Les délais et les documents requis sont similaires. Les opportunités en France sont nombreuses, avec des salaires plus élevés qu'en Italie, mais un coût de la vie variable selon les régions.
Le projet d'expatriation comme infirmier en Italie est accessible, mais il exige de l'organisation et une réelle maîtrise de la langue. Le salaire modeste et la charge de travail sont des contraintes à accepter. En contrepartie, la pénurie offre une forte employabilité et une expérience professionnelle valorisante dans un pays où la qualité de vie est souvent jugée bonne. Pour ceux qui hésitent encore, une première mission de quelques mois peut servir de test avant de s'engager sur le long terme.