Vous venez d’être embauché, reprenez le travail après un congé ou souhaitez parler formation et mobilité avec votre employeur ? Ce rendez-vous ne sert pas à noter votre performance : il porte sur votre parcours, vos compétences et vos perspectives. Depuis la réforme entrée en vigueur en 2025, son nom et plusieurs de ses modalités ont évolué. Les échéances, les sujets obligatoires et les vérifications utiles permettent de savoir ce que vous pouvez demander et ce que votre employeur doit organiser.
L’entretien professionnel est-il toujours obligatoire en 2026 ?
Oui, l’obligation demeure, mais le rendez-vous porte désormais le nom d’entretien de parcours professionnel, ou EPP. La réforme issue de la loi du 24 octobre 2025 a fait évoluer le dispositif ; au 16 octobre 2026, il faut donc se référer aux règles actualisées plutôt qu’aux anciennes explications fondées sur un entretien tous les deux ans. L’article L. 6315-1 du Code du travail prévoit notamment un premier entretien au cours de la première année suivant l’embauche, puis un entretien tous les quatre ans pour les salariés qui restent dans la même entreprise, selon le texte consultable sur Légifrance.
Le rendez-vous concerne les salariés des entreprises privées, quel que soit le type de contrat ou le temps de travail. Les salariés mis à disposition d’une entreprise d’accueil, ceux qui interviennent dans le cadre d’une sous-traitance et les intérimaires sont exclus de cette obligation pour l’entreprise d’accueil. L’employeur doit informer le salarié de l’existence de l’entretien lors de son embauche, l’organiser et le faire réaliser par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction. Il doit avoir lieu pendant le temps de travail.
Pour situer ce sujet parmi les démarches qui structurent la vie au travail, vous pouvez aussi parcourir les autres thèmes d’Entreprise et RH, notamment ceux qui concernent les droits et les échanges entre salarié et employeur.
À quel rythme votre employeur doit-il organiser l’EPP ?
Le calendrier comporte plusieurs repères. Le premier EPP doit avoir lieu au cours de la première année d’embauche. Ensuite, un rendez-vous est prévu tous les quatre ans tant que vous travaillez dans la même entreprise. Un accord collectif d’entreprise ou de branche peut fixer une périodicité différente, mais elle ne peut pas dépasser quatre ans. Les règles applicables aux accords en cours ont connu une transition : les anciennes dispositions de périodicité concernées sont remplacées par le nouveau cadre à compter du 1er octobre 2026.
Un entretien doit également être proposé à la reprise après certaines interruptions, si aucun EPP n’a eu lieu dans les douze mois précédant le retour. Les situations visées comprennent notamment les congés de maternité, d’adoption ou parental, le congé de proche aidant, le congé sabbatique, certaines périodes de mobilité ou de temps partiel, un arrêt maladie de plus de six mois et un mandat syndical. Le détail des cas et du calendrier figure dans la fiche actualisée de Service-Public.fr sur l’entretien de parcours professionnel.
D’autres rendez-vous sont prévus à des moments particuliers de la carrière. Après la visite médicale de mi-carrière, l’entretien doit être organisé dans les deux mois. La loi prévoit aussi un premier entretien spécifique au cours des deux années précédant le soixantième anniversaire du salarié. Celui-ci aborde, en plus des thèmes habituels, les conditions de maintien dans l’emploi et les possibilités d’aménagement de fin de carrière, comme le temps partiel ou la retraite progressive.
Enfin, un état des lieux récapitulatif est réalisé tous les huit ans, en tenant compte de l’ancienneté dans l’entreprise. Lors de ce bilan, l’employeur vérifie que les entretiens prévus ont eu lieu et examine si le salarié a suivi au moins une formation, obtenu des éléments de certification par la formation ou la validation des acquis de l’expérience, ou bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle. Le premier état des lieux après l’embauche peut être réalisé sept ans après le premier EPP.
Quels sujets devez-vous pouvoir aborder ?
L’EPP porte sur la suite de votre parcours, pas sur la notation de votre travail. Il doit permettre de parler de vos compétences et qualifications mobilisées dans le poste, de leur évolution possible, de votre situation professionnelle et de vos besoins de formation. Vous pouvez aussi exprimer un souhait d’évolution ou de mobilité et évoquer un projet personnel qui nécessite une formation.
Selon votre situation, les pistes peuvent inclure une évolution dans votre métier, un changement de poste, une reconversion, un bilan de compétences, une validation des acquis de l’expérience ou un projet de transition professionnelle. Le compte personnel de formation peut aussi être évoqué, notamment son activation et un éventuel abondement de l’employeur. L’entretien ne vaut cependant ni accord de financement ni promesse de poste : il sert à examiner les besoins et les suites envisageables.
Vous pouvez rendre votre projet plus concret en préparant quelques éléments avant le rendez-vous : les tâches que vous maîtrisez, les compétences que vous souhaitez développer, les évolutions qui vous attirent et les contraintes à prendre en compte. Si votre objectif est de travailler avec des interlocuteurs étrangers, par exemple, précisez les situations professionnelles visées afin d’évaluer l’intérêt d’apprendre l’anglais pour le travail et les besoins de formation associés.
L’EPP n’est pas l’entretien annuel d’évaluation. Ce dernier peut servir à discuter des résultats ou des objectifs de travail ; l’EPP s’intéresse à votre cheminement professionnel et aux compétences à développer. Les deux rendez-vous peuvent être organisés le même jour, mais la distinction des objectifs reste importante. Demandez que le compte rendu fasse apparaître les sujets de parcours et de formation sans les confondre avec une appréciation de votre performance.
Comment vous préparer et obtenir des suites concrètes ?
Quelques jours avant le rendez-vous, rassemblez les documents utiles : descriptif de poste, formations suivies, certifications, missions nouvelles et éventuels comptes rendus précédents. Notez deux ou trois objectifs prioritaires. Par exemple, vous pouvez demander quelles compétences seront nécessaires si votre poste évolue, quelle formation pourrait combler un écart précis et quelles étapes seraient envisageables pour accéder à une autre fonction.
Pendant l’échange, distinguez le souhait de la demande immédiatement réalisable. Vous pouvez expliquer ce que vous voulez explorer sans avoir déjà arrêté un projet complet. Si l’employeur évoque une formation, clarifiez son objectif, son calendrier envisagé et les démarches restant à accomplir. Pour une reconversion ou une évolution plus large, demandez quelles informations permettraient d’étudier la faisabilité. Dans les entreprises de moins de 300 salariés, un conseiller en évolution professionnelle peut gratuitement aider le salarié à préparer son entretien, selon les indications de Service-Public.fr.
À la fin, un document écrit doit récapituler l’entretien et une copie doit être remise au salarié. Relisez-le pour vérifier qu’il restitue correctement vos souhaits, les besoins de formation abordés et les éventuelles suites convenues. Si une proposition ou un engagement est imprécis, demandez une correction ou une précision écrite. Conservez le compte rendu avec ceux des rendez-vous précédents : il servira à suivre vos demandes et à préparer l’état des lieux récapitulatif.
Quelles conséquences en cas de manquement ?
Les conséquences dépendent notamment de l’effectif de l’entreprise et de la situation constatée au bilan des huit ans. Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, si le salarié n’a pas bénéficié des entretiens prévus et d’au moins une formation autre qu’une formation obligatoire, son compte personnel de formation doit être crédité de 3 000 euros. La fiche officielle indique aussi que, dans les entreprises de moins de cinquante salariés, l’employeur reste tenu à des obligations d’adaptation au poste et de maintien de l’employabilité ; en cas de contentieux, un manquement peut donner lieu à des dommages et intérêts.
Pour vérifier votre situation, confrontez les dates des entretiens à votre date d’embauche, aux éventuels accords collectifs et aux périodes d’absence concernées. À l’approche du bilan de huit ans, vérifiez également les formations suivies, les certifications obtenues et les évolutions professionnelles ou salariales. Si une échéance semble dépassée, demandez d’abord par écrit à votre employeur quel calendrier est retenu et quel accord collectif s’applique. Le compte rendu et les dates conservées vous aideront à établir les faits et à demander une régularisation adaptée.
Questions fréquentes
Puis-je refuser l’entretien de parcours professionnel ?
L’obligation légale incombe à l’employeur, qui doit organiser le rendez-vous selon les échéances applicables. Si vous ne pouvez pas vous rendre à la date proposée, prévenez-le et demandez un autre créneau. L’entretien se déroule sur le temps de travail. Préparez les sujets que vous souhaitez aborder et conservez les échanges utiles, notamment la convocation et le compte rendu remis après l’entretien.
L’entretien de parcours professionnel peut-il remplacer mon entretien annuel ?
Non. Les deux rendez-vous ont des objectifs distincts. L’entretien de parcours professionnel concerne les compétences, les besoins de formation et les souhaits d’évolution ; il ne sert pas à évaluer votre travail. L’entretien annuel peut, lui, porter sur vos résultats ou vos objectifs selon les pratiques de l’entreprise. Ils peuvent être organisés à la même date, mais les sujets et comptes rendus doivent rester clairement séparés.
Que faire si mon employeur n’organise pas l’entretien obligatoire ?
Commencez par demander par écrit la date de votre prochain entretien et vérifiez le calendrier prévu par la loi ou par l’accord collectif applicable. Gardez une copie de votre demande et des réponses reçues. Les conséquences possibles pour l’employeur dépendent notamment de l’effectif et du bilan des entretiens et formations. Si la situation persiste, vous pouvez solliciter les représentants du personnel ou un conseil juridique adapté à votre cas.
Puis-je préparer une reconversion pendant cet entretien ?
Oui. L’entretien peut aborder vos souhaits d’évolution, y compris un projet de mobilité ou de reconversion, ainsi que les formations qui pourraient le soutenir. Vous pouvez apporter des exemples de compétences transférables et préciser les métiers qui vous intéressent. Le rendez-vous ne garantit toutefois ni financement ni changement de poste : les suites dépendent du projet, des dispositifs applicables et des décisions nécessaires.