Un contrat à durée déterminée (CDD) est, par définition, une exception dans le droit du travail français. La règle reste le contrat à durée indéterminée (CDI). Pourtant, dans la pratique, certains salariés enchaînent les missions sans jamais voir arriver la proposition d’un CDI. La loi fixe des limites précises à cette pratique. Les connaître vous permet de savoir à quel moment vous pouvez exiger un CDI.
Quand un employeur a-t-il le droit de recourir au CDD ?
Un CDD ne peut être conclu que pour une tâche précise et temporaire. Il est interdit de l’utiliser pour pourvoir un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise. Les motifs autorisés sont limités : remplacement d’un salarié absent (maladie, maternité, congé), accroissement temporaire de l’activité (pics saisonniers, commandes exceptionnelles), emplois saisonniers (tourisme, agriculture) ou contrats conclus dans certains secteurs où la nature du travail rend le CDI difficile (spectacle, hôtellerie-restauration, centres de loisirs).

Si votre employeur vous embauche en CDD pour un poste qui existe depuis des années et qui ne correspond à aucun de ces motifs, le contrat peut être requalifié en CDI par un juge.
« Un CDD ne doit pas avoir pour objet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise. » — Code du travail, article L.1221-2.
Combien de CDD peut-on signer à la suite ?
La règle des deux renouvellements maximum
Un CDD peut être renouvelé deux fois maximum, à condition de formaliser chaque prolongation par un avenant. La durée totale du contrat, renouvellements compris, ne doit pas dépasser la durée maximale légale prévue pour le motif de recours (généralement 18 mois). Attention : un renouvellement ne crée pas un nouveau contrat. L’employeur ne peut pas modifier votre mission, votre rémunération ou vos conditions de travail à cette occasion.
Le délai de carence obligatoire
À l’issue d’un CDD (renouvelé ou non), l’employeur ne peut pas vous proposer immédiatement un nouveau CDD pour le même poste. Il doit respecter un délai de carence :
- si la durée totale du CDD était de 14 jours ou plus : un tiers de cette durée (exemple : 1 mois de carence pour un CDD de 3 mois)
- si la durée totale était inférieure à 14 jours : la moitié de cette durée (exemple : 5 jours pour un CDD de 10 jours)
Ce délai de carence ne s’applique pas dans certains cas : remplacement d’un salarié absent, travaux urgents, emplois saisonniers ou secteurs spécifiques (fêtes foraines, spectacles, sport professionnel).
Quand la succession de CDD avec le même salarié est-elle autorisée ?
En principe, si votre employeur vous propose un nouveau CDD immédiatement après la fin du précédent (pour un poste différent), vous pouvez réclamer un CDI. Mais la loi prévoit deux exceptions majeures :
- Le remplacement d’un salarié absent : quel que soit le motif (maladie, maternité, congé sabbatique), l’employeur peut enchaîner les CDD sans délai de carence ni limite de 18 mois.
- Certains emplois saisonniers ou secteurs : hôtellerie-restauration, agriculture, tourisme, centres de loisirs, où la nature même du poste rend difficile la conclusion d’un CDI.
Dans ces cas, l’employeur peut vous faire signer plusieurs CDD sans période de carence. Mais si la succession devient abusive (par exemple, 10 CDD en 3 ans), vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir des indemnités et une requalification.

Comment obtenir la requalification de vos CDD en CDI ?
La requalification est une procédure judiciaire qui permet de transformer un CDD en CDI lorsque l’employeur n’a pas respecté le cadre légal. Vous pouvez la demander dans les 12 mois suivant la fin de votre CDD. Les motifs possibles sont nombreux :
| Situation | Exemple concret |
|---|---|
| CDD conclu pour un poste permanent | Vous occupez un poste d’assistant de direction depuis 2 ans en CDD |
| CDD sans motif valable | L’employeur invoque un « accroissement d’activité » sans le prouver |
| Durée totale dépassée | Vos CDD successifs cumulent plus de 18 mois sans motif valable |
| Absence de délai de carence | L’employeur enchaîne deux CDD sur le même poste sans respecter le tiers de la durée |
| Poursuite du travail après la date de fin | Vous continuez à travailler après la fin prévue du CDD sans nouveau contrat |
| Conditions non écrites | Le CDD n’a pas été signé ou ne mentionne pas le motif de recours |
Si le juge vous donne raison, le CDD est requalifié en CDI à la date de signature du premier contrat. Vous pouvez alors prétendre à une indemnité de requalification (au moins un mois de salaire brut).
Que faire si l’employeur vous propose un CDI en cours de CDD ?
L’employeur peut transformer un CDD en CDI avant la fin du contrat. Cela se fait par un avenant modifiant les termes initiaux. Vous n’êtes pas obligé d’accepter : si vous refusez, le CDD se poursuit jusqu’à son terme. Si vous acceptez, vous passez en CDI sans attendre la date de fin prévue. Cette proposition n’est possible que si le poste correspond désormais à un besoin permanent, et non plus à un besoin temporaire.
Le piège des CDD abusifs : quand agir ?
Même dans les cas où la loi autorise la succession de CDD (remplacement de salarié absent, secteur saisonnier), l’employeur ne peut pas en abuser. Si vous enchaînez des CDD depuis plusieurs années sur le même poste, ou si le motif réel est de contourner l’obligation de CDI, vous pouvez agir. Le conseil de prud’hommes examine chaque situation au cas par cas. Il peut ordonner la requalification et condamner l’employeur à des dommages et intérêts.
Un point de vigilance : la requalification n’est pas automatique. Vous devez prouver que l’employeur a violé les règles (absence de motif valable, dépassement des durées, non-respect du délai de carence). Conservez tous vos contrats, avenants, bulletins de salaire et échanges écrits. C’est votre meilleure arme pour faire valoir vos droits.
Un dernier conseil : ne laissez pas la situation s’installer
Si vous êtes en CDD depuis plusieurs mois ou années, ne patientez pas sans réagir. Dès que vous constatez un écart par rapport aux règles (absence de délai de carence, motif flou, durée anormale), adressez un courrier recommandé à votre employeur pour demander des explications. En cas de refus, saisissez le conseil de prud’hommes dans les 12 mois suivant la fin de votre dernier CDD. Plus vous attendez, plus vous risquez de perdre la possibilité de faire reconnaître vos droits.